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Un an en REP + : le bilan

Priscilla, 29 ans. Éternelle insatisfaite passionnée par tout ce que je fais.
Un an en REP + : le bilan Posted on 20 novembre 20192 Comments
Priscilla, 29 ans. Éternelle insatisfaite passionnée par tout ce que je fais.

Un an en REP + : le bilan
Aujourd’hui je viens te raconter mon expérience après un an en REP+.

Petit rappel : la REP+ est un réseau d’éducation prioritaire renforcé. Pour toute la partie fonctionnement, je t’invite à te rapprocher des textes officiels qui en parlent.

Dans cet article, j’ai plutôt envie de te raconter mon expérience personnelle et la manière dont j’ai vécu cela. Un vrai bilan. Il ne s’agit que de mon ressenti et pas d’une vérité. Je préfère le préciser car souvent, des personnes exerçant en zone banale, en RPI ou à la campagne ont le même quotidien.

L’année dernière, j’ai eu un poste fractionné : 25% en ce1, 25% en ce2 et 50% en cm1. L’avantage était que j’étais dans le même groupe scolaire classé en Rep +.

La REP+ était un choix. Déjà, car la ville voisine a la mienne en regorgeait. Ensuite, car j’avais toujours entendu dire que les équipes y étaient soudées.  Des temps de concertation sont organisés de manière assez régulière afin de réfléchir ensemble sur sa pratique, ce que je voulais expérimenter.

Avant d’y être on m’avait souvent mis en garde quant à la violence qui émanait de ces milieux. Je m’attendais donc à vivre des journées difficiles auprès d’enfants violents du fait de leur contexte familial. Hors exception, ce n’était pas du tout le cas, bien au contraire !

J’ai surtout été face à des enfants en manque : manque d’attention, manque d’amour et un énorme manque de confiance en soi. Des enfants blessés par la vie qui ont parfois connus des choses que nous ne connaitrons jamais.

Je me suis heurtée à des situations qu’on ne peut prévoir dans une fiche de prép’ (pourtant à ce moment-là, je les faisais toutes!).

Un an en REP + : le bilanAu delà des difficultés scolaires, il y a vraiment des difficultés sociales et émotionnelles. Ce sont ces dernières qui m’ont épuisées moralement. Les problèmes de l’école me suivaient jusqu’à chez moi. Je n’arrivais pas à les laisser à la grille, alors que je devais encore m’occuper de mes filles.

Lors de séances d’EMC sur les émotions par exemple, les élèves s’ouvraient et racontaient naturellement des choses vraiment difficiles. Cela me surprenait à chaque fois et j’ai souvent manqué de pleurer à plusieurs reprises.

Le mardi soir, j’étais déjà épuisée car mes classes du début de semaine étaient celles avec mes plus petits élèves (6 à 8 ans – ce1 / ce2) avec un réservoir affectif complètement vide. Ils étaient donc en recherche constante de signes affectueux, de reconnaissance à l’école. Ils cherchaient l’attention de toutes les manières possibles (positives ou négatives) et c’était tant déstabilisant qu’épuisant.

Je pense que le fractionné en rep + ne devrait pas exister. Je ne blâme absolument pas les enseignants qui sont à temps partiel, ils sont dans leur droit, ce n’est pas la question.
En revanche être complément dans ce type de réseau est vraiment compliqué. Trois ou quatre classes représentent autant d’élèves et d’histoires personnelles à gérer.

C’est selon moi, le plus compliqué.

Sur une classe avec un seul effectif, les attaches et les relations sont différentes tant avec les familles que les élèves. Et surtout, on est le référent d’une vingtaine d’élèves, pas du triple.

Pour autant, je ne me suis jamais autant sentie utile que cette année-ci. L’enseignement y est différent et revêt une vraie dimension sociale. Très honnêtement, je ne pense pas que cette dimension nous incombe. Toutefois, quand on est sur ce type de réseau, il faut savoir que c’est le cas. Le métier de professeur des écoles y est totalement différent.

Je suis cette année en REP (Réseau d’Education Prioritaire) sur une seule classe. Je le vis totalement différemment et le nombre d’histoires complexes est beaucoup plus faible et je suis sur mon niveau chouchou (le CE1).

L’année en REP + a été extrêmement formatrice. Si c’était à refaire, je le referai sans hésiter! J’ai du me remettre en question de nombreuses fois, appréhender les élèves de différentes manières et m’adapter. Encore et encore. Je me sens beaucoup plus armée à présent et vais mettre à profit toutes ces leçons les années à venir.

As-tu déjà été travaillé dans ce type de réseau ou dans le spécialisé ?

Un an en REP + : le bilan

Priscilla, 29 ans. Éternelle insatisfaite passionnée par tout ce que je fais.

2 comments

  1. Bonjour, je découvre tout juste ta page et je dois dire que je me régale 🙂
    En lisant cet article, je me reconnais totalement dans ce que tu décris. J’ai expérimenté le remplacement de longue durée en REP+ et comme tu l’expliques si bien, notre métier prend indéniablement une dimension sociale qui ne devrait pas nous incomber. De la même façon, j’ai été touchée moralement (et émotionnellement) par les histoires de vie incroyables de mes élèves, leurs conditions sociale, affective, émotionnelle et leurs difficultés d’apprentissage. Un tel gouffre… que j’emmenais avec moi le soir dans mon lit.
    ça été une année difficile… mémorable et incroyablement formatrice et enrichissante.

    1. Vous avez tout résumé, c’est vraiment cela ! C’est un vrai choix qu’il faut faire lorsqu’on s’y lance.

      Et maintenant, dans quel type d’école es-tu ?

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