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Enseignant, un métier passionnant mais culpabilisant

Priscilla, 29 ans. Éternelle insatisfaite passionnée par tout ce que je fais.
Enseignant, un métier passionnant mais culpabilisant Posted on 7 juin 201817 Comments
Priscilla, 29 ans. Éternelle insatisfaite passionnée par tout ce que je fais.

Hi,

Enseignant, un métier passionnant mais culpabilisant

Aujourd’hui je viens t’expliquer pourquoi je trouve le métier d’enseignant culpabilisant.

C’est un sentiment flottant que je ressens depuis le tout début de ma prise de fonction. Je le ressentais même avant lorsque j’entendais certaines choses sur la profession ou encore dans ma posture d’élève. J’avais cependant une distance car ça ne me concernait pas directement.Je ne me suis jamais sentie aussi bien et aussi épanouie qu’aujourd’hui professionnellement parlant. Être professeure des écoles m’apporte vraiment énormément et je pense rester dans l’éducation nationale encore un petit bout de temps. Ce métier est vraiment très passionnant

Portant, je trouve ce métier culpabilisant pour plusieurs raisons. Je vais te donner mon ressenti selon deux points de vue.

Mon point de vue de maman. En tant que maman, je vais devoir laisser mes filles à la garderie le soir et/ou le matin pour aller m’occuper des enfants des autres dans une ou plusieurs écoles que je ne connais pas encore (Dieu du mouvement si tu passes par ici …). Je sais que c’est le cas dans beaucoup de métiers. Pourtant, j’ai longtemps culpabilisé à ce sujet.

C’est pour cela que je n’ai pas réussi à les laisser à la crèche la totalité des vacances scolaires pour pouvoir préparer les périodes suivantes sereinement voire me reposer. Actuellement, j’ai accumulé un taux de fatigue considérable que je ne parviens pas à rattraper.

Quand tu dis que tu veux/es enseignant on te dit de suite « c’est génial tu as toutes les vacances scolaires, tu vas pouvoir profiter de tes enfants! » Et c’est vrai. Je me sentais vraiment ingrate de ne pas réussir à les garder/sortir avec elle et leur faire faire des activités tout en préparant ma classe. En l’écrivant, je me rends compte à quel point c’est aberrant…

Enseignant, un métier culpabilisantL’autre chose c’est que je voulais absolument que mes filles soient dans mon école pour pouvoir réduire leur journée au maximum. Sachant qu’on partirait et irait au même endroit, je me disais que c’était vraiment une très bonne solution. Cette année, tous mes collègues avaient leurs enfants dans l’école (mais pas dans leur classe) et c’est tout de même super pratique.

Je me suis vite rendue compte avec le mouvement que ce n’était pas possible, en tout cas pas tout de suite. J’ai culpabilisé pour ça aussi …

Mon rôle de maman a été mis sacrément à l’épreuve cette année.

A l’heure où j’écris ces mots, j’ai réussi à prendre du recul grâce à des instacollègues mamans qui m’ont livrée leurs points de vue et permise de voir les choses autrement.

Mon point de vue d’enseignante. J’ai toujours eu un esprit corporate et n’ai jamais usé et abusé des arrêts maladie. Mais c’est la première fois que je me pose autant de questions et que je ne parviens pas à me reposer lorsque je suis malade – ou qu’une de mes filles l’est – car dans ma tête, mon cerveau ne s’arrête pas.

« Serai-je remplacée ? » Si oui, « Ai-je bien fait le nombre de photocopies/laisser les documents nécessaires à mon remplaçant ? » si non « que vont encore dire les parents ? » « Vais-je avoir une réflexion en revenant ? » « Les parents vont-ils encore se plaindre ? »…

Si j’exprime ma fatigue, j’ai l’impression de ne pas être légitime à cause du nombre de jours de vacances que nous avons. Si tu es ici et que tu es de la profession, tu sais comme moi que les vacances sont un leurre en terme de repos. Si tu es d’une autre profession, les vacances sont clairement là pour nous permettre de préparer les périodes suivantes, remplir les livrets, prévoir les rendez-vous parents, faire un point sur l’évolution de nos élèves, vérifier qu’il nous reste du matériel etc …

Et un peu de repos quand même si nous n’avons pas nos enfants avec nous. Pour ma part, mes filles sont trop petites pour être autonomes, je peux donc me reposer uniquement lorsqu’elles dorment.Enseignant, un métier culpabilisant

J’ai aussi beaucoup de mal à me détacher du cas de mes élèves en difficulté et me remets beaucoup en question. Ayant été stagiaire cette année, je ne pouvais rien révolutionner de toute manière. Il faut que je me dise que j’ai fait le maximum et que c’est déjà très bien.

L’année prochaine je pense aborder l’année différemment concernant tous ces sujets car j’aurai du recul. Mes filles auront aussi grandi. Aux vacances de la Toussaint elles avaient 1 an et 2 ans et demi donc pour le repos, même dans un autre métier, c’était foutu.

Tout ça pour dire que ...

Je ressors vraiment grandi de cette année et me rends compte que finalement mon point de vue continuera d’évoluer sur beaucoup de choses.

Il faut aussi savoir relativiser. Si j’étais restée dans le domaine juridique, j’aurai eu encore moins de temps pour mes filles, les horaires étant vraiment trop vastes. Alors finalement, c’est toujours mieux ainsi que comme ça aurait pu être autrement.

Si tu as ressenti les mêmes choses que moi ou d’autres encore, partage les en commentaires. Parfois, juste les écrire peut faire du bien et permet de se rendre compte que notre niveau d’exigence envers nous-mêmes est bien trop haut.

Priscilla, 29 ans. Éternelle insatisfaite passionnée par tout ce que je fais.

17 comments

  1. coucou,

    j’ai trois enfants et prof d’anglais.

    Mes eux derniers sont rapprochés, très/ trop rapprochés. Comme toi, je suis au travail tout le temps!!!!

    Pas de répit pour les profs.

    J’ai fait le deuil de faire plaisir à tout le monde, je me dis que je fais le mieux pour que tout le monde soit content. Mais après ce sont mes enfants les priorités.

    J’ai une collègue prof qui s’arrête pour un malheureux bobo ( mal de gorge) et après…C’est les autres qui trinquent.

    Etre une maman qui travaille n’est pas facile mais en dépit de toutes les contraintes, je pense que dans tous les métiers, il y a des avantages et des inconvénients, et surtout que toutes les femmes qui bossent sont confrontées au même problème : l’équilibre pro et perso.

    Avec les années qui passent, on arrive à prendre du recul et très franchement,on est des warriors dans tous les cas.

  2. Malheureusement c’est le lot de toutes les mamans qui travaillent. Je travaille dans le commerce, le magasin ferme à 21h30, alors quand je suis de fermeture je ne vois mes enfants qu’une heure le matin, et autant dire que ce n’est pas l’heure la plus sereine du monde! Et je bosse le samedi, les jours fériés, pendant les fêtes de fin d’année… Ce n’est plus ce que je veux du coup je prépare le crpe pour 2019.

    Et actuellement je suis en congé parental jusqu’à fin août, et je n’arrive pas non plus à profiter d’eux, j’ai l’impression de trop attendre d’eux.

    C’est difficile de trouver le juste milieu, quand on est une femme il faut choisir entre être une maman ou être une professionnelle, rien n’est fait pour nous aider à concilier ces 2 côtés de nos vies

    Courage à nous

  3. Ai vécu ça aussi année de stage de capes quand ma fille entrait en maternelle.
    La petite pleurait tous les matins et je devais prendre mon poste à 8h30 et 1h15 de trajet de chez moi.
    La garderie ouvrait à 7h, elle était crevée, moi aussi.
    Si c’était à refaire je demanderai un report mais j’ignorais que j’en avais le droit…
    As-tu entendu parler de cette possibilité ?

    1. Si, je peux aussi demander un mi temps jusqu’aux 3 ans de ma dernière et aussi une dispo jusqu’aux 8 ans de mes filles 🙂
      Mais je veux bosser, pas rester à la maison

      1. Merci pour cet article qui en dit long sur le combat des femmes mamans à mener au quotidien ! Je ressentais exactement la même chose lorsque j’ai repris le travail apres mon congé maternité ce sentiment de culpabilité et de laisser ses enfants pour aller travailler ! J’ai prepare le crpe 2018 et suis en attente des résultats ! Qu’est ce qu’une mise à dispo ? Merci pour ton retour et ton partage ❤️

        1. C’est vrai … Je me demandais si j’étais la seule à ressentir ça mais il ne semble pas. Je te souhaite de réussir.
          Une disponibilité c’est comme « une année sabbatique » dirons nous. Tu conserves ton statut d’enseignant fonctionnaire mais tu peux ne pas travailler. Pour t’occuper de tes enfants c’est de droit jusqu’à leurs 8 ans mais certains en prennent aussi pour suivre leur conjoint qui est muté ou pour faire le tour du monde 🙂

  4. Merci pour cet article qui exprime si bien cette culpabilité qui est venue pour ma art au fil du temps (plus particulièrement depuis que je suis maman ).
    Cette charge de travail était trop écrasante alors je suis sortie par la petite porte (j ai pris une dispo que je renouvelle) et envisage de me reconvertir. Et la paf la culpabilité d avoir laisse tomber pour m occuper de ma famille revient, sans compter les incompréhensions de l entourage. Ah on les maye cher ces vacances.
    Finalement maintenant j arrive à me dire que gerer cette culpabilité c est aussi une question de caractère et je commence à admettre que ça ne me convient pas ou plus.
    Merci en tout cas de ce partage, je suis tombée par hasard sur ton site et te souhaite une longue et belle d enseignante mais pas que!

  5. Tout d’abord un grand merci pricillia. Si tu savais comme tes vidéos et ton blog m’ont aidés pour passer notamment les oraux du crpe. Je suis dans l’académie de Versailles et j’ai appris ce jour que j’ai été admise.
    Après des doutes car je suis dans une reconversion (j’étais avant dans le commerce) c’est un nouveau challenge qui m’attend avec un double sentiment celui d’être heureuse d’avoir réussi le concours et de changer de voie ( les 2 ne sont pas faciles!!)mais aussi la peur de l’inconnu n’ayant jamais été une journée dans une classe. J’espère y arriver. Maman de 3 enfants J’espère pouvoir conjuguer au mieux mon rôle de maman et bientôt celui de « maitresse ». Encore milles merci a toi. Continue comme ça et bon courage.

  6. Bonjour,

    J ai passé le concours en avril 2018, 15 jours après avoir accouché.

    Depuis ma vie est un tourbillon. Ma grande de 5 ans a m’occuper, arrivée de bébé, préparation de sa oraux, réussite du concours, déménagement dans le département voisin, 5 niveaux différents à gérer bref, ce post est une petite goutte de bonheur face à tout ça.

    J avoue être submerger et tout gérer bien que mon mari y participe aussi est vachement lourd.

    Pareil, la culpabilité pèse: s’occuper des enfants des autres et laisser la sienne, ne pas vouloir al mettre à la crèche alors que j ai besoin de bosser, etc. Horrible. Ma grande est dans mon école aussi. Ce n est pas simple non plus.
    À côté de ça je n ai pas vu mon bébé grandir. (Toc toc toc culpabilité es tu la?).

    Comme toi, je ne veux pas rester à la maison non plus car j ai besoin de travailler.

    Je me résigne de plus en plus et tente de faire au mieux.

    Merci en tout cas pour cet écrit qui permet de se dire qu’on est pas seule!!!

    1. Je pense que nous sommes beaucoup à le ressentir alors il faut faire au mieux selon notre seuil à nous. Passer du temps avec ses enfants, en passer moins à vouloir rendre sa classe parfaite et accepter que tout ne puisse pas être controlé à 100%.

  7. Bonjour,

    Merci beaucoup pour ce partage.

    En reconversion (j’hésite à faire machine arrière…) En effet, je suis originaire du commerce international et de la logistique et j’ai fais une licence en sciences de l’éducation qui me passionne. Attirée par le métier de professeur des écoles, j’ai choisi de faire une année de suppléance dans le privé, pour «tester» et j’ai bien fait. Je le conseille à tout le monde, il faut aller sur le terrain pour se rendre compte!!!
    J’ai la chance d’être pour toute l’année scolaire dans une même école, au sein d’une classe de ps/ms et à temps plein (25 élèves: 15 ps 10 ms dont 10 anglais) et je suis ravie de cette expérience et surtout de me confronter à la réalité du terrain. Que de représentations erronées avais-je sur ce métier!!! Je tire mon chapeau aux enseignant(e)s car je me rends compte du travail COLOSSAL à fournir: avant d’aller travailler pendant la journée et après aussi, le week-end et pendant les vacances bien-sûr.
    Encore une fois, allez sur le terrain avant de vous lancer dans l’aventure CRPE!!!

    Meilleures salutations

    Laura

  8. Priscilla,

    C’est un grand dilemme pour moi actuellement.

    J’ai trouvé dans cette voie les valeurs que je porte car les enjeux «financiers» n’étaient pas pour moi.

    La licence m’a permis d’accéder à la suppléance mais je devrai faire un master MEEF pour tenter le concours, si toutefois la balance penchait…

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